Mémoire
Mémoire
Sa disparition est un choc énorme pour ses proches et pour le monde du judo. Jean-Louis Geymond est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (81e division) à Paris.
Il laisse longtemps au sein de l’équipe de France un vide immense, une catégorie déboussolée par la perte brutale de son grand espoir, un judoka hors-pair, un garçon reconnu pour sa gentillesse et son humour.
Lors des Jeux Olympiques de Barcelone en 1992, Pascal Tayot lui dédira d'emblée sa médaille d'argent: «Il aurait pu se trouver à ma place. C'est pour lui que j'aurais voulu gagner le titre olympique.»
Jean-Louis Geymond a ouvert la voie. Par son audace, il a décomplexé le judo tricolore. Sa victoire à Kano contre les Japonais est un véritable tournant pour la suite de l'histoire du judo français.
Son oeuvre et sa mémoire sont honorés aujourd'hui sur les tatamis:
En 2001, la ville de La Motte-Servolex inaugure un nouveau dojo à son nom. La cérémonie est conduite par le double champion olympique David Douillet. Ce lieu abrite une vitrine dédiée à sa mémoire où est exposée la Coupe Jigoro Kano remportée en 1990.
Un espace sportif porte également son nom à Orléans, en hommage à ses succès avec l'U.S. Orléans.
À Boulogne-sur-Mer, sa ville natale, le dojo municipal porte son nom et un tournoi annuel y est organisé en sa mémoire.
À Hénin-Beaumont, un dojo inauguré en 1997 porte son nom .
A sa famille.
C’est en Isère que l’histoire familiale de Jean-Louis puise ses racines.
Ses grands-parents étaient grenoblois et aimaient réunir enfants et petits-enfants à l'occasion des vacances, dans le joli petit village de Theys.
Son père Robert, petit frère de Jean (mon grand-père), dont Jean-Louis tire en partie son prénom, avait quitté les montagnes pour s’installer avec Monique à Boulogne-sur-Mer. C’est ici que naquit et grandit ce joyeux petit garçon aux grandes boucles blondes. Il était le dernier d’une fratrie de quatre, après Hugues, Ève et Olivier.
Passionné de sport, malgré les séquelles d’un accident survenu lors d’exercices physiques dans un cursus d’école militaire, Robert s’intéressait tout particulièrement au judo. Il l’avait pratiqué et eut à cœur de transmettre son enthousiasme à ses garçons en les inscrivant au club de Boulogne-sur-Mer.
Avant la naissance de Jean-Louis, Robert avait accueilli son neveu, Yves (mon père), qui habitait en Lorraine et souffrait d’asthme et dont les parents espéraient que l'air marin le soulagerait de ses crises. Sur la plage, Robert organisait alors des combats de lutte entre les petits cousins. Il était un passionné, un sportif dans l'âme. Il manifesta le même intérêt quelques années plus tard, quand de passage à Baccarat pour des raisons professionnelles, il encouragea son neveu François (mon oncle) qui au collège s'essayait au judo.
Il est évident que Robert a vibré pour chaque progression de Jean-Louis, pas seulement comme père mais aussi comme sportif.
Et puis en 1978, un drame est venu frapper la famille : Ève, la sœur de Jean-Louis, disparut brutalement à l'âge de 19 ans. Jean-Louis n'en avait que 12. De ces blessures et de ces douleurs intimes se forgent souvent la force et l'abnégation des futurs champions. Sans doute cette mémoire l'a-t-elle accompagné dans l'exigence ultime et la recherche du très haut niveau.
La suite appartient à l'histoire du judo français : une ascension fulgurante, des doutes, des triomphes éclatants, dont la victoire mémorable à la Coupe Kano, et finalement la tragédie que l'on connaît.
L'épicier de Theys témoignera de la peine immense qu'était celle de Robert et de sa famille par la suite.
Le 12 juin 2026, au Judo Club Yonnais, le nom de GEYMOND était à nouveau honoré d'une ceinture noire, bien entendu dédiée à Jean-Louis.
Et des petites judokates pleine de vie, portent également son nom et son héritage.
"Je tenais à vous remercier d'être là ce soir. Recevoir la ceinture noire est une étape importante, et je suis heureux de la partager avec vous. Je veux commencer par remercier Éric, Ludovic et William, les professeurs du club, pour leur engagement. À notre époque actuelle, votre travail et votre dévouement sont particulièrement précieux. C’est d'ailleurs en totale confiance que je vous confie mes filles une fois par semaine, pour que vous leur transmettiez, à votre tour, les valeurs fondamentales de notre discipline. Un grand merci également à vous tous, mes camarades d’entraînement. Ces moments de partage et d’amitié sont, à mes yeux, l’essence même de notre pratique sur le tapis.
En préparant cette ceinture, j’ai eu l’impression de partir à la recherche du temps perdu. Je me suis revu, enfant, partant en 4L avec mes parents et mon frère pour mes toutes premières expériences de judo au Bourg-sous-la-Roche, avec Claude Collen. Le temps ne se rattrape pas, c'est vrai. Mais j’ai retrouvé aujourd'hui, ici au Judo Club Yonnais, ce qui m’animait à l'époque dans la voie de la souplesse. Pour moi, le judo est une expérience sensorielle unique : le grain de riz du kimono sous les doigts, la brûlure du tatami, le claquement mat d'une chute, et cette odeur si particulière du dojo. C’est aussi une expérience mentale : l’exigence immense qu’implique le beau geste, l’acceptation du mouvement, l’art de savoir identifier l’opportunité. Enfin, c’est une expérience de vie et de résilience. Surmonter la blessure pour être là ce soir, c’est mobiliser sa persévérance et sa détermination. Mais comme toujours, on ne réussit jamais seul : on réussit en s'appuyant sur les autres. C’est là que prend tout son sens le principe de l'entraide et de la prospérité mutuelle. C’est pourquoi je veux remercier chaleureusement Jonathan. Nous sommes désormais profondément liés par cette ceinture noire. Pour moi, il était inconcevable de ne pas la recevoir ensemble. Merci, Jonathan, pour ton soutien sans faille et pour les valeurs que tu fais vivre chaque jour au sein du club.
À mes filles, je veux vous dire une chose : si un jour vous avez un rêve, que ce soit au judo ou n'importe où ailleurs dans votre vie, donnez-vous en les moyens. En travaillant dur, sans jamais vous décourager, vous le réaliserez. Je crois profondément en vous.
Enfin, je voudrais terminer par un dernier mot, en rendant hommage à un grand cousin, à Jean-Louis GEYMOND qui était un immense judoka. Son palmarès parle pour lui : quatre fois champion d’Europe par équipes avec Orléans, aux côtés d'Éric, vainqueur du Tournoi de Paris en 1990, premier Français vainqueur de la prestigieuse Coupe Jigoro Kano à Tokyo la même année, champion de France en 1991 en battant son propre modèle Fabien Canu, et vainqueur des Jeux Méditerranéens d'Athènes en juillet 1991. Il était le prétendant majeur pour les Jeux Olympiques de Barcelone en 1992. Mais le destin est parfois cruel : il disparaissait en décembre 1991, emporté par un cancer foudroyant.
Aujourd'hui, c'est à lui, à sa mémoire, que je dédie ma ceinture noire."
A ses amis.
C'est avec toute l'admiration que je porte à Jean-Louis que je suis parti sur ses traces. J'ai découvert l'empreinte d'un homme qui s'est accompli pleinement dans le dépassement de soi, dans la quête d'excellence. L'absolu pour horizon. L'abnégation pour credo. Une vie, pleine et entière, inspirante, qui dépassait la surface du tatami. Au terme de recherches rigoureuses, j'ai pu reconstituer ce parcours aussi grandiose que tragique.
J'en partage ici les fruits à travers la rédaction de sa biographie sur Wikipédia et de ce site hommage, pour que sa mémoire et son palmarès ne soient jamais oubliés.
Ce site a pu être enrichi grâce à la mise à disposition de documents exceptionnels. Mes remerciements vont à Monsieur Olivier Depierre pour sa disponibilité et ses précieuses archives photographiques ; à Monsieur Bertrand Amoussou, gardien de la mémoire des judokas de cette génération dorée, pour le partage de ses films ; et à Monsieur Patrick Vial, dont j’ai partagé les clichés et de qui je retiens cette juste formule : « C'est la moindre des choses, se souvenir des gens que l'on a appréciés ! »
A Jean-Louis Geymond
Marc Geymond
Son petit cousin,
né en 1990